L'ARCHE DE ZOÉ

<< Le mieux, ennemi du bien ? >>

DAVID Jean-Pierre

 

Drôle d'histoire que cette affaire ! Au-delà de faits, que la justice tchadienne s'emploie à traiter et qu'il ne nous appartient donc pas de juger, nous nous posons la question sur le bien fondé de telles opérations et sur l'impact que de semblables actions ont sur l'image du monde associatif. Nous avons encore tous à l'esprit les malversations du président de l'ARC (Association de Recherche contre le Cancer) et les conséquences désastreuses pour cette association (chute des dons, doutes sur la réalité de leurs motivations). L'entraide et la solidarité sont des composantes essentielles de nos vies, mais existe-t-il une limite à ne pas franchir ? quelle forme doit prendre notre aide ? Doit-on faire de l'assistance ? Où commence l'ingérence ?

 

Des questions auxquelles nos résidents tentent d'apporter une réponse.

 

CHEFRA Abdelkrim (Maroc)

<< Humanitaire et commerce >>

L'impression désolante laissée par cette affaire m'incite à me poser certaines questions. Certes, il existe des associations qui effectuent un travail précieux auprès des populations en difficulté. Mais est-ce vraiment cohérent, sur la durée, de perpétuer ce type d'aide d'urgence au détriment d'un réel projet social et économique permettant l'éradication de cette pauvreté ? Ne serait-il pas plus opportun de donner les moyens aux intéressés de subvenir à leurs besoins essentiels ? Mon sentiment est que la majorité des actions humanitaires sont destinées à maintenir les pays et personnes << aidés >> dans une dépendance propice à des prétendus échanges commerciaux et à un pillage continu de leurs ressources. Mais du moment que permet de garder bonne conscience...

 

TSAKANIAS Hippocrate (Madagascar)

<< Charity Business >>

 

Comment ne pas être scandalisé par les informations recueillies sur les actions de << l'Arche de Zoé >>. Si celles-ci s'avèrent fondées, il convient de mettre un terme aux agissements de telles associations qui sous couvert d'aide et de solidarité ne sont qu'à la recherche de profits financiers ou de notoriété (...financièrement bénéfique). Juste deux questions : Pourquoi n'y a-t-il pas eu de contrôles rigoureux sur les projets de << l'Arche de Zoé >> et comment son dirigeant a-t-il obtenu rapidement de telles aides et subventions ?

 

GNADOU Dano Zady (Côte d'Ivoire)

<< De nouvelles relations - De nouvelles pratiques >>

Au-delà de ce qui s'est écrit dans cette affaire, se pose la question des rapports internationaux et du rôle qui est joué par les ONG. Je ne peux m'empêcher d'établir le parallèle entre une opération << Sauvons les enfants du Darfour >> et les votes simultanés des lois sur << les tests génétiques pour un regroupement familial >>. Donnons une image généreuse de nos relations en permettant, en un temps record, à une association de sauver l'Afrique (...), ce qui nous permettra de faire passer le goût amer de nos demandes d'examens ADN. Mais ...Boum !! << l'Arche de Zoé >> a explosé en plein vol et la justice tchadienne s'est saisie du dossier. Aujourd'hui nous découvrons que l'Afrique ne sera plus jamais le petit enfant de la France mais un interlocuteur avec lequel il faut apprendre à discuter.

 

DRAME Deiynaba - Éducatrice au CADA

<< Les bricoleurs de l'humanitaire >>

Difficile de définir la notion d'humanitaire. A mon sens cela doit consister, avant tout, à

 

<< aider les populations à acquérir leur autonomie >>. Or en l'état, il n'en est rien. Comment peut-on envisager comme solutions de déplacer, à leur insu, des personnes de leur pays et continent et prétendre que cette action est destinée à leurs assurer un avenir meilleur ? L'humanitaire ne s'improvise ! Il doit se fonder sur une éthique, des règles, des méthodes et des principes. Il doit, en conséquence, être l'oeuvre de professionnels responsables qui mettront leur compétences respectives au service des populations. Tous les << Zorros >> illuminés qui veulent sauver la planète doivent apprendre à appréhender leur limites et se poser, en notre compagnie, la question suivante : << La faim justifie t-elle les moyens ? >>

 

In : La Feuille du Cormier (Décembre 2007 - Numéro 01)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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